Mais pour qui se prennent-ils ?
à l'Illiade

Par Marie-Françoise Grislin

A ce quatuor original, I'Illiade a consacré trois soirées et une matinée, mais ce spectacle tout à fait enthousiasmant mérite d'être connu d'un large public. L'une chante l'autre danse. Evelyne Chanut et Renate Pook sont accompagnées par un pianiste Christian Vidal, plein d'allant et capable de venir sur le devant de la scene lire avec ironie un texte de Gerald Moore sur les accompagnateurs «Faut-il jouer moins fort ? » , et par une accordéoniste Anita Pirman sachant trouver des arrangements d'une surprenante hardiesse.

Le répertoire est fondé sur ces chansons qu'on connait et qu'on aime à réécouter car elles vibrent en nous, évocatrices d'émotions ou de simples plaisirs.
C'est avec talent, un petit sourire au coin des lèvres, des yeux brillants de malice et des gestes pleins de tendresse et d'ironie qu'Evelyne Chanut les reprend pour notre plus grand bonheur. On y retrouve entre autres: Georges Brassens avec «La Femme d'Hector», Boris Vian dans «J'suis snob» Francis Blanche pour «Le general à vendre» sans oublier Barbara: «Mourir pour mourir» et Léo Ferré avec cet étonnant et peu connu «C'est l'homme » .
Des chansons à texte qui disent quelques vérités sur notre condition humaine: «Tu n'es qu'un maillon de la chaîne » dit l'une ; «j'aime les gens » dit l'autre ; « J'ai rien demandé j'ai rien reçu, mais j'ai fait ce que j'ai voulu » dit une troisième ; et au final fils de ... ou fils de rien, tous les enfants sont comme le tien » .
Nombre de ces chansons sont magnifiées par la
danse de Renate Pook. Avec quelle pétillante finesse elle en souligne la gaieté, I'ironie, parfois aussi le pathétique. Renate se prête au jeu des allusions et donne une dimension supplémentaire à ces textes bien choisis pour la richesse de leur sens. Elle apparaît pour chacune dans un costume qui la rend théâtrale avec pertinence : petit chapeau et chaussures rouges pour «J'suis snob » , pantalon gilet et béret pour la mise en scène de «Laissez passer les voyous » . En môme catch elle nous fait un numéro d'une totale drôlerie, et nous surprend bien plus encore en déboulant sur la scène en boxer noir, petit haut coloré avec perruque rousse et chaussures rouges pour interpréter en allemand et avec une belle conviction : " Ich bin die fesche Lola ".
Capable de se prêter à toutes les évocations, Renate avec élégance donne à ses prstations à la fois tant de légereté et  d'intensité qu'elle nous ravit autant que la chanteuse, et comme elle nous bouleverse dans ce spectacle véritablement populaire et de grande qualité.
Ce magnifique quatuor devrait connaître un bel avenir.


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presse Evelyne Chanut - Transversalles 3/2013
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