Vanitas vanitatum

Les quatre artistes du spectacle Non mais, pour qui se prennent-ils... ? ont choisi d'explorer, en musique, la parole de l'Ecclesiaste.
______________________________________________

                                                  Non mais, pour qui se prennent-ils ? DOCUMENT REMIS

QUATRE SOIRS durant, à l'Illiade, ils illustrent, à travers le répertoire de la grande chanson française, comment l'humain s'enfle et se gonfle d'orgueil, à l'instar de la grenouille de la fable. Une soiree placée sous le signe de la reflexion et de l'humilité.
Evelyne Chanut, chanteuse descend les travées de la salle de spectacle, en prononçant un discours inaugural sur une propension naturelle chez l'humain, qui le conduit à se glorifier et oublier sa condition de mortel. Et l'on s'aperçoit que ce défaut a fait florès dans les arts, et en particulier dans la chanson réaliste depuis les années 30.
Sur scène, une dame d'un âge respectable, Renate Pook, se mire dans sa glace: tableau typique d'une «vanité », ce genre pictural destine à agir comme un « memento mori » (souviens-toi que tu vas mourir) auprès de ceux qui auraient la mémoire courte. Illusoire vanité que celle qui clame C'est moi que j'suis la Joconde, un titre de Barbara. En guise de réponse douce-amère : Qu'est-ce que tu crois ? de Mouloudji, ou bien Si tu t'imagines de Juliette Greco. Bien sûr, il en reste pour se pavaner et se gausser : La femme d'Hector, tancée cyniquement par Brassens, ou le Snob de Vian. Les Frères ]acques, avec leur Général à vendre, La môme Catch-Catch de Fréhel, Die feische Lola de Marlène Dietrich font eux aussi partie de toute cette petite clique de paons. La voix d'Evelyne Chanut roule les « r » à l'ancienne et fait résonner les textes pertinents de ces chansons. Quant à Renate Pook, son corps sculpté et svelte, se prête à toutes les exhibitions, à toutes les « roues », à tous les numéros de force ou de beauté tapageuse des humains.
A l'accordéon, Anita Pirman, et au piano, Christian Vidal, parachèvent de donner une ambiance mélancolique à ce qui pourrait bien ressembler à une démonstration philosophico-morale, si ce n'était l'extrême plaisir que l'on prend à assister au spectacle de ces accapareurs de vitrine, ces cabotins, ces suffisants, ces glorieux, ces obèses de l'ego. Pour ceux-ci, les mots « Tu n'es qu'un maillon de la chaîne » n'ont aucun écho. Heureusement, le très beau texte de Fils de de Brel, vient sonner comme le glas de tant d'illusion humaine.

17/2/2013                                                                                                                                       SOPHIE SANCHEZ

Presse > Evelyne CHANUT - DNA 17/2/2013
© 2019 anita pirman