MOLSHEIM Vendredis de la Chartreuse

Ô vanitas, vanitatum...

Pour la dernière représentation de l'année, la foule avait répondu présent à l'invitation de l'Association pour l'animation de la Chartreuse. Au menu, la vanité dans tous ses états.

Ah vanité quand tu nous tiens ! Le dernier spectacle des Vendredis de la Chartreuse était entièrement dédié à ce péché capital, père de tous les vices selon Evelyne Chanut. Dans son discours inaugural où chaque syllabe est détachée avec élégance, la conteuse et chanteuse dresse un portrait peu flatteur de l'Homo sapiens engoncé dans ses principes futiles et son amour de lui-même. Comme la grenouille de Jean de La Fontaine qui s'enfle et se gonfle d'orgueil, l'homme aspire à devenir ce qu'il n'est pas ... C'est avec talent qu'Evelyne Chanut fait briller ces pépites de la chanson française, les yeux tantôt pétillants de malice tantôt teintés d'émotion. En Môme catch-catch qu'elle emprunte à Fréhel, elle joue des biscotos et des pectoraux avec une gouaille infernale. Et elle continue à se pavaner avec La femme d'Hector, de Brassens, et manger « le camembert à la petite cuillère » comme le Snob de Boris Vian tout en hébergeant le Général à vendre des Frères Jacques.

« Rester fidèle à l'intention mélodique du compositeur »

Quant au tandem de musiciens, leurs interventions sont millimétrées. Aussi quand Christian Lorin délaisse ses claviers pour s'approprier le devant de la scène, peut-être par excès de vanité, c'est pour proposer au public une lecture exemplaire de Gerald Moore sur le destin du pianiste qui semble s'évertuer à jouer trop fort au grand dam de la diva. Quant à Anita Pirman, elle offre une interprétation sans failles. Aidée de son accordéon, elle entraîne la chanteuse et son public à la découverte d'un monde éclectique où ses arrangements inédits font merveille. Ainsi L'homme de Léo Ferré revisité par Anita emprunte des sonorités de tango argentin à la manière d'Astor Piazzolla. Pour la musicienne, «l'important est de rester fidèle à l'intention mélodique du compositeur» et l'accordéoniste le prouve de la plus belle des manières.
Le voyage ne serait pas complet sans les séquences émotion du plus bel effet avec Mourir pour mourir de Barbara ou encore Fils de de Brel. Là encore Evelyne Chanut sait user de finesse et de sobriété pour délivrer son message. C'est clair le récital populaire présenté pour la première fois au caveau de la Chartreuse vaut le détour. Les trois artistes arrivent à extraire « la substantifique moelle» d'un répertoire de la chanson française parfois oublié mais aux textes si savoureux, comme le souligne à juste titre le président de l'Apac, Alain Krol. Certes la saison des Vendredis de la Charteuse se termine en apothéose mais un nouveau cycle débutera dès le vendredi 4 mars 2016 dans le caveau de la plus belle Chartreuse de l'espace rhénan ! Ah vanité quand tu nous tiens. 

R.S.

Renseignements: apac.molsheim@wanadoo.fr ou www.vendredisdelachartreuse.com

SAMEDI 14 NOVEMBRE 2015

Presse > Evelyne CHANUT - DNA 14/11/2015
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